Un procès truqué et raciste Le 9 décembre 1981, vers 4 h 00 du matin, dans une rue de Philadelphie, Mumia Abu-Jamal, chauffeur de taxi, aperçoit un policier blanc en train de frapper violemment son frère ; Mumia s'interpose. Des coups de feux sont tirés ; quelques secondes après, deux corps sont allongés sur le trottoir : celui du policier Daniel Faulkner, tué a bout portant et celui de Mumia Abu-Jamal, gravement blessé d'une balle dans l'estomac. Mumia est hospitalisé, arrêté le jour même, et accusé du meurtre de Daniel Faulkner. Le 3 juillet 1982, il est condamné à mort par le juge Albert Sabo.
Une machination politico-judiciaire
Depuis 17 ans, la culpabilité de Mumia Abu-Jamal n'a pu être prouvée. Dans tout État de droit, une personne dont on ne peut prouver la culpabilité est innocente.
Plusieurs irrégularités, dans le déroulement même de l'enquête visant à démontrer la culpabilité de Mumia, rendent invalides toutes les accusations portées contre lui :
il n'y a pas de recherche de poudre sur les mains de Mumia après son arrestation - une telle expertise aurait rendu incontestable l'éventuelle culpabilité de Mumia.
l'arme que Mumia possédait légalement dans son véhicule est d'un calibre différent de la balle qui a tué le policier./aucune reconstitution de la scène n'a eu lieu.
3 témoins ont assisté à la scène : leur déposition indique que le tireur s'est enfui avant l'arrivée des renforts de police. Aucune enquête policière n'a été menée pour rechercher l'homme qui se serait enfui.
2 prostituées (témoins de la scène) ont avoué, 15 ans plus tard, avoir menti lors du dépôt de leur déposition après avoir subi les pressions de la police. Leurs versions des faits qui rejoignaient celle de l'autre témoin ont été falsifiée pour rendre effective la culpabilité de Mumia.
Le rapport de balistique prouve que Mumia n'a pas pu tirer le coup qui a tué le policier.
Durant le procès, Mumia s'est vu refusé le droit constitutionnel d'assurer sa propre défense : sa coiffure (dreadlocks) aurait rendu nerveux - selon le juge Sabo - les jurés. C'est donc un commis d'office, avocat inexpérimenté, qui a été imposé. Cet avocat a, à plusieurs reprises, indiqué au tribunal qu'il avait trop de travail pour étudier le dossier Mumia à fond et a demandé de l'argent pour les enquêtes : ses demandes ont à chaque fois été refusées. Mumia Abu-Jamal s'est donc vu allouer une somme dérisoire pour sa défense - somme qui ne lui permettait ni de mener des enquêtes, ni de faire intervenir des experts.
Le racisme a constitué et continue de constituer une donnée essentielle dans la condamnation de Mumia Abu-Jamal, comme il constitue une donnée fondamentale dans l'application de la peine de mort aux U.S.A. :
Le juge Sabo, chargé de l'affaire Mumia, et un ancien policier ayant appartenu à l'Ordre Fraternel de la Police : syndicat d'extrême droite (auquel appartenait le policier D. Faulkner). Il a condamné à mort, au cours de sa carrière, 32 personnes dont 30 de « couleur ».
Des jurés ont été éliminés uniquement parce qu'ils étaient noirs ou n'étaient pas favorables à la peine de mort ( un juré noir sur 12 jurés).
En dernier lieu, le chef d'accusation retenu pour condamner Mumia à mort a été son appartenance au B.P.P. dans sa jeunesse : le juge Sabo a détourné une phrase de Mao-Tsé Tung que Mumia avait commenté dans l'un de ses articles (« Le droit est dans la bouche des canons ») pour l'attribuer directement à Mumia et faire de lui un terroriste ayant pour cible première la police. De ce fait, le meurtre du policier Faulkner ne pouvait être qu'un homicide volontaire.
Le procès de Mumia est donc un procès truqué qui s'est essentiellement fondé sur les idées politiques défendues par Mumia pour le condamner à mort.
Les pressions autour du procès de Mumia
Aux U.S.A., le statut de « détenu politique » n'est pas reconnu. Cette non reconnaissance entre dans une logique de répression des opposants politiques qui a pris une forme programmatique en 1956 sous le nom de CO-INTEL-PRO ( programme ayant d'abord servi à surveiller les membres et sympathisants du parti communiste américain). Ce programme a pour but d'éliminer physiquement les opposants politiques à l'intérieur ou à l'extérieur des prisons, en portant sur eux de fausses accusations de crimes ou de délits, en organisant des procès truqués avec de faux témoignages, en les condamnant à mort.
De telles méthodes font, de ce fait, passer ces opposants politiques pour de simples criminels dont les chefs d'accusation relèvent du droit commun. Ce système de répression a beaucoup joué dans l'affaire Mumia, soutenu activement par des groupes de pression bien précis. Ces groupes de pression sont ceux-là même qui mettent tout en œuvre pour que Mumia soit condamné à mort au plus vite, et qui intimident (en envoyant des menaces, des lettres anonymes) les personnes, les travailleurs, les intellectuels, les stars qui prennent publiquement parti pour la campagne de soutien à Mumia aux U.S.A.
Ce sont :
les lobbies soutenant la peine de mort ( sachant qu'aux U.S.A. l'application de la peine de mort concerne d'abord les « non-blancs » et les pauvres, et est un enjeu électoral)
les groupes fascistes nostalgiques de la période esclavagiste et ségrégationniste
des groupes mafieux collaborant avec des membres corrompus de la police Les pressions sont d'autant plus fortes qu'actuellement un nouveau juge (le juge Yohn ) doit procéder à une relecture du dossier Mumia qui déterminera si oui ou non Mumia a droit à un véritable procès. C'est contre ce type de pressions bafouant le droit que la mobilisation internationale se constitue.